12.11.2008

Retour sur le débat du 02/05/07

Le 2 mai 2007 avait lieu le fameux débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, entre les deux tours de l'élection présidentielle. A l'occasion de la sortie du livre Le Chouchou. Le fabuleux destin de Xavier Bertrand, de Christophe Jakubyszyn et Muriel Pleynet (Editions Anne Carrière, 262 p., 19 euros), Le Monde, qui en publie quelques "bonnes feuilles", nous donne l'occasion de visiter rétrospectivement les coulisses de ce débat, notamment du côté sarkozyste :

bertrand besson.jpg

" La moitié du futur gouvernement Sarkozy s'est retrouvée en Corse, au nord de Porto-Vecchio, dans le somptueux cadre de l'hôtel de Cala Rossa. "C'était à la fois un week-end de travail et de détente, se souvient Franck Louvrier. Il pleuvait par intermittence mais on s'est quand même installés dehors pour travailler." Eric Besson, l'élu socialiste, récent transfuge de l'équipe Royal, qui a pris la part la plus active à ce coaching, était le plus observé. Il s'est livré avec le candidat à un jeu de rôle auquel Bertrand a fini par prendre part. Il y avait une dizaine de personnes autour de Nicolas Sarkozy : Claude Guéant, Franck Louvrier, David Martinon, François Fillon, Brice Hortefeux, Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet... mais, rapportent des témoins de la scène, l'exercice a très vite tourné autour de Nicolas Sarkozy, d'Eric Besson et de Xavier Bertrand.

Eric Besson avait des thèses très simples sur ce que seraient les forces et les faiblesses de Nicolas Sarkozy au moment d'entrer dans le débat avec Royal. Il savait que les électeurs du centre gauche ou de gauche qui ne croyaient pas en la candidature de Ségolène Royal hésitaient encore à voter pour Nicolas Sarkozy. Il lui a donc posé les questions de l'électeur qui s'interrogeait sur l'opportunité de voter pour lui.

Autour d'un café, Sarkozy lui répondait, visiblement sous tension. Cet exercice-là, le candidat le trouvait sûrement "nécessaire mais ça l'agaçait", confie un participant. Besson l'interpellait parfois crûment. Sarkozy répliquait : "Comment peux-tu dire ça ? !" C'est alors que Xavier Bertrand a improvisé : il a pris le relais en jouant à être Ségolène Royal, la voix en moins. D'un jeu à deux, c'est devenu un jeu à trois. Besson pointait les faiblesses de Sarkozy sur tel ou tel sujet, Sarkozy répondait fond et politique, et Bertrand embrayait sur la partie la plus politique : "Je suis Ségolène Royal, vous ne pouvez pas dire ça !" "C'était très bien vu, très pertinent", confie David Martinon ancien porte-parole de l'Elysée tombé en disgrâce. Sur une heure et demie d'échanges, la passe d'armes n'a duré qu'une vingtaine de minutes. Nicolas Sarkozy n'a accepté le jeu que jusqu'à une certaine limite.

Xavier Bertrand dans la peau de Ségolène Royal... "Ça a donné lieu à des échanges vachement cocasses, admet David Martinon. Sarkozy était capable de répondre à tout mais parfois il partait en vrille. C'était drôle."

Et Martinon de conclure : "Xavier a toujours le mot juste. Il se targue de comprendre et de devancer l'opinion publique. Il mettait toujours le doigt sur le problème qui allait sortir dans la journée. Il trouvait la question du jour. Ça lui a permis d'être un très bon porte-parole", ce que les sarkozystes pur jus reconnaissent eux-mêmes. Aujourd'hui, Christian Estrosi secrétaire général adjoint de l'UMP l'admet : "Xavier Bertrand a fait le job. Il a été un bon porte-parole. Nicolas ne s'est pas trompé."

Résultats du vote du 06/11/08 par départements

Le Monde publie une carte détaillant pour chaque département le vote du 6 novembre des militants socialistes sur les six motions en lice pour le congrès du PS.

Résultats nationaux ps.JPG

La diplomatie italienne

carla bruni sarkozy.jpg

Le 6 novembre dernier, Silvio Berlusconi déclenchait une polémique par une tirade d'une finesse douteuse, dans laquelle il déclarait trouver le Président Obama "jeune, beau et bronzé". Face aux accusations de racisme qu'un tel épithète - le dernier - déclencha, M. Berluconi s'empressait alors de renchérir en qualifiant ses propos de "compliment", et en fustigeant ses détracteurs qui, décidemment, n'avaient pas le sens de l'humour. Il est d'ailleurs certain que si M. Obama avait qualifié M. Berlusconi de chef d'état "vieux, lifté et luisant", ce dernier l'aurait évidemment pris avec le sourire - ce qui dans son cas n'est pas peu dire. Evidemment.

Toujours est-il que ce dimanche une ancienne compatriote de Silvio Berlusconi, Mme Carla Bruni-Sarkozy, est revenue sur cette déclaration au cours d'une tribune consacrée à l'appel pour l'égalité réelle des chances parue dans le JDD. Tout est parti d'une anecdote relative à son ancien parcours de mannequin :

" Je me souviens, jeune mannequin - j'avais 25 ans -, d'une séance photo organisée en Caroline du Sud. Nous sommes restées plusieurs jours là-bas. On nous faisait manger des plateaux-repas dans notre caravane, alors qu'il y avait un restaurant à côté. J'ai demandé pourquoi, on m'a expliqué que le diner n'accepterait pas Naomi Campbell, parce qu'elle était Noire...

C'était cela, l'Amérique, en 1992! Alors, voir arriver Obama, c'est évidemment une joie immense. Pour moi, pour tous ceux qui aiment l'Amérique. Pour tous les Français, et notamment l'un d'eux que je connais assez bien. Je sais à quel point nous sommes tous pleins d'espoir, pleins d'attente. Par contraste, quand j'entends Silvio Berlusconi prendre l'événement à la légère, et plaisanter sur le fait qu'Obama est 'toujours bronzé', ça me fait drôle. On mettra ça sur le compte de l'humour... Mais souvent, je suis très heureuse d'être devenue française! "

La réaction italienne ne s'est pas faite attendre ; Francesco Cossiga, ancien chef d'état italien, a ainsi choisi de répondre à la première dame sur un ton directement emprunté à l'homme de Cro-magnon :

" Nous aussi Italiens, nous nous félicitons que Carla Bruni ne soit plus italienne. Nous nous en réjouissons même. [...] Qui sait si Carla Bruni, par sa vie agitée, ne sera pas un jour contrainte à redemander sa citoyenneté italienne. "

Si cette déclaration n'avait pour seul but d'aborder sournoisement le passé sentimental de Mme Bruni-Sarkozy, elle confinerait au ridicule le plus abouti : il est en effet savoureux d'imaginer une Carla Bruni fort dépourvue quémandant, la tête basse, une nationalité italienne qu'on ne lui accorderait qu'à regret... Gageons qu'au-dessus du bureau de M. Cossiga doit trôner une gravure de Rembrandt ou de Batoni représentant le fils prodigue de retour au foyer paternel, après maintes années de luxure : ceci expliquerait son imagination débordante.

La comparaison conserverait cependant une légitimité quand on sait que, dans la parabole, c'est avec les pourceaux que le fils prodigue de retour chez son père partagea ses premiers repas... M. Cossiga, au vu de ses propos boueux, serait sans doute déjà prêt à accepter le rôle de l'un d'eux.

07.11.2008

Motions et démissions : Hollande 2012 ?

François Hollande.jpg

Les militants socialistes ont voté. Comme le dit Jean-Michel Aphatie, il y eut

"deux vainqueurs et deux perdants hier soir. Le texte que soutenait Ségolène Royal est arrivé en tête du vote militant, environ 30%. Cela lui confère une légitimité évidente pour la suite de ce congrès dont la complexité dans son déroulement pénalise fortement son efficacité politique. L’autre vainqueur, bien sûr, est Benoit Hamon, qui avec près de 20% des suffrages redonne une vigueur certaine à la gauche de ce parti."

Ma surprise était donc grande ce matin d'entendre François Hollande sur RTL affirmer que pour autant Ségolène Royal n'était pas majoritaire, et qu'il allait tenter de réunir le parti... autour de Bertrand Delanoë.

Cette manoeuvre pour le moins tordue m'inspire une réflexion : et si finalement ce n'était pas Hollande qui roulait pour Delanoë, mais le contraire? Quel intérêt aurait ainsi Hollande, premier secrétaire en fin de course, à se parjurer - lui qui promettait hier encore qu'il était le garant de l'expression des militants, quelle que soit la forme qu'elle revête? Une seule réponse me paraît envisageable, celle qui sous-entendrait un pacte secret entre le premier secrétaire et le maire de Paris : Delanoë à Solférino pour lancer Hollande vers l'Elysée en 2012. Notons au passage qu'un "ticket" parallèle est de plus en plus cité du côté de Royal, avec Vincent Peillon dans le rôle du premier secrétaire chargé de mettre le parti en ordre de marche derrière la Madone pour 2012.

Jean-Luc Mélenchon.jpg

Mais déjà, avant même que d'accoucher d'une motion consensuelle, le parti socialiste doit faire face à sa propre mutation : Jean-Luc Mélenchon, le "maverick" - entendez l'enfant terrible - du PS, a enfin fini par claquer la porte d'un parti avec lequel il semblait n'avoir plus grand chose en commun :

"Dans la crise du capitalisme, notre pays a besoin d’une autre voix à gauche. Nous voulons lui être utiles. Nous voulons reprendre l’initiative, formuler une alternative, faire reculer et battre Sarkozy. Par fidélité à nos engagements, nous prenons donc notre indépendance d’action. Nous quittons le Parti socialiste. Nous allons porter publiquement notre conception du combat républicain et socialiste, sans concession face à la droite, au capitalisme et leur irresponsabilité destructrice contre la société humaine et l’écosystème. Nous allons la proposer au suffrage universel. Ainsi que nous l’a montré en Allemagne Oskar Lafontaine avec Die Linke, nous décidons d’engager avec tous ceux qui partagent ces orientations la construction d’un nouveau parti de gauche et nous appelons à la constitution d’un front de forces de gauche pour les élections européennes. Nous savons qu’une énergie immense dans notre peuple est disponible pour le changement. Il faut aller de l’avant."

Bonne nouvelle pour le PS? Pas si sûr : avec sa faconde et son franc-parler, au service de convictions sans concessions, Mélenchon représentait une force de persuasion non négligeable. Sa volonté de fonder un nouveau parti à gauche du PS réduira encore un peu plus l'espace disponible pour les socialistes, déjà pris en étau entre le NPA, le MoDem, l'ouverture de Sarkozy et le possible nouveau parti de Villepin.

06.11.2008

Villepin et la tentation de l'affranchissement

Villepin 10-08.jpg

Invité par Europe 1 ce jeudi 6 novembre à commenter le caractère historique de l'élection américaine, Dominique de Villepin a profité de la tribune qui lui était offerte pour laisser percer plus clairement que jamais l'éventualité d'un affranchissement total vis-à-vis de l'UMP : « Si l'UMP n'est pas capable de se renouveler - et nous voyons bien aujourd'hui à quel point ce mouvement est cornérisé -, si le PS s'enferme dans les divisions de personnes, il y aura un espace », a déclaré l'ancien premier ministre.

Notons au passage l'emploi innovant et néanmoins évasif du terme "cornérisé", qui semble n'avoir aucun lien avec quelque bête à corne que ce soit : interrogé par lefigaro.fr, le service de presse du Petit Robert a évoqué "la possibilité que ce terme soit un néologisme emprunté au vocabulaire sportif qui pourrait signifier ‘isolé', ‘relégué dans un coin' ". 

L'espace que décrit celui que Bernadette Chirac surnommait "Néron" ressemble pourtant étrangement à celui qu'occupe d'ores et déjà - fort modestement, il est vrai - le MoDem de François Bayrou :

« Notre vie politique n'a pas connu encore le renouvellement que connaissent aujourd'hui les Etats-Unis : nous avons d'un côté un parti de mouvement et de rupture, de l'autre côté un parti de contestation, il reste à inventer un grand mouvement de réconciliation. Mais force est de constater qu'en France, personne ne revendique aujourd'hui cette stratégie. [...] Je pense que sur les débris de partis politiques exsangues en France, il y a demain une grande stratégie à bâtir. [La réconciliation doit] être le thème de la politique française, il y a trop de meurtrissures dans notre pays, trop de gens laissés de côté et pas suffisamment d'enthousiasme collectif. »

Opposant ensuite « la réconciliation » qu'incarne Barack Obama à « la rupture » mise en avant par Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin n'a pas hésité à prôner une forme d'ouverture très particulière : évoquant les personnalités socialistes qui vont « se retrouver sur le bord du chemin, qui ne seront pas choisies, qui seront désœuvrées, un peu esseulées », le poète politique a rappelé qu'il y aurait à l'issue du congrès de Reims « beaucoup d'énergies à utiliser, beaucoup d'énergies à valoriser ».

Trois cas de figures me semblent alors envisageables :

1) Villepin bluffe, et met la pression au pouvoir en place pour qu'on lui f... la paix à propos de son implication présumée dans l'affaire Clearstream. En gros, c'est de l'ordre du "si vous voulez ma peau, vous l'aurez, mais pas les voix qui vont avec" - avec bien entendu en toile de fond l'enjeu de 2012, et la menace d'une scission de la droite, selon un scénario bien rodé dans les années 90.

2) Villepin prépare l'opinion à son ralliement au MoDem de François Bayrou. Cette hypothèse me semble peu plausible, sauf s'il a abandonné toute ambition présidentielle, car les ego respectifs de Bayrou et Villepin ne supporteraient pas de cohabitation bicéphale.

3) Villepin, remonté comme jamais, veut construire un vrai parti ambitieux sur les ruines d'un MoDem dévasté par le caractère de son chef, et sur les décombres d'un PS incapable de se réformer. Villepin, le premier anti-sarkozyste de l'histoire contemporaine, se sentirait alors capable de fédérer - pardon, de "réconcilier" - autour de sa stature élancée la meute bruyante des opposants à la caravane présidentielle.

Cette dernière hypothèse est celle qui me paraît la plus probable, en alternance équilibrée avec la première : Villepin pourrait fort bien tâter le terrain aujourd'hui pour être en mesure un jour, en cas de guerre (encore plus) ouverte avec Sarkozy, de se présenter face à lui doté de l'arme qui lui a cruellement manqué en 2007 : un parti en ordre de marche.

1